Archives départementales, Patrimoine

Petites histoires d'archives #6 Les transports dans la Montagne Noire

Saint-Denis (Aude). La gare. Arrivée du tram. Editeur Montagné Aubin. Photographie sépia. [Années 1930]. Format 9 x 14 cm.

A pied, à cheval, en calèche, en tramway ou en train, les moyens de déplacements sont nombreux dans la Montagne Noire au début du XXe siècle. Les plus novateurs font souvent l'objet d'illustrations ou de photographies que l'on retrouve ensuite dans les journaux mais aussi sur les cartes postales. Plongeons-nous dans ces fonds pour remonter le temps !

Cette chronique est proposée dans le cadre des Petites Histoires d'Archives, retrouvez chaque semaine une nouvelle histoire et découvrez d'autres histoires ici.

Publié le

 

La collection privée de Monsieur Jean Michel, érudit et historien local de Saissac, représente un ensemble de 2270 cartes postales et photographies, prêté en 2006 aux Archives départementales et qui a été intégralement numérisé (sous-série 19 DV).

Grâce à ces nombreux documents, qui concernent principalement la Montagne Noire et le Cabardès, c’est toute une époque qui peut être retracée, celle du début du XXe siècle.

Dans le cadre de notre thématique annuelle, « Humeurs vagabondes », nous avons choisi de vous présenter quelques-unes de ces cartes postales représentant les différents moyens de transport utilisés à la Belle Epoque. 

 

L’essor de la carte postale illustrée se déroule sous la Troisième République, à l’occasion notamment de l’Exposition Universelle de 1889. Dès lors, elle connaît un succès foudroyant, tout autant comme moyen de communication populaire que, déjà, comme objet de collection. 

Au début du XXe siècle, tant à Paris qu’en province, la production explose à travers la multiplication des éditeurs, des ateliers de phototypie, artisanaux ou industriels, des graphistes et des reporters photographes qui sillonnent le territoire en quête d’images inédites. 
Dans le Sud-Ouest, il faut ici mentionner l’incroyable labeur déployé par les frères Labouche, éditeurs toulousains passionnés de photographie.

A partir de 1900 environ, ils constituent patiemment, en employant plusieurs photographes, un fonds de près de 23 000 cartes postales, couvrant un vaste Midi et abordant de multiples thématiques (histoire urbaine, sociabilité villageoise, artisanat, paysages, édifices et constructions diverses, loisirs, thermalisme, moyens de transport, …). Ce précieux ensemble est aujourd’hui conservé aux Archives départementales de la Haute-Garonne. 


           Dans l’Aude, ce sont des grossistes en mercerie, les frères Palau, qui organisent la première couverture systématique des 439 communes que compte alors le département et qu’ils parcourent lors de leurs tournées commerciales. Ils engagent un photographe qui se rend dans chaque village  pour en fixer les monuments les plus importants (église, château, tour, porte, remparts, mairie, école, etc.) ou les paysages les plus représentatifs (promenade, lac, gorges, pic, etc.). 

L’ensemble, réalisé sur plusieurs années, compose ainsi une collection d’environ 865 cartes doubles, soit près de 1800 photographies parfaitement représentatives de la vie quotidienne des citadins et des ruraux avant la Grande Guerre.


          Loin d’être seulement un conservatoire des traditions, ces photographies font aussi apparaître des éléments de la modernité en marche. 

Aux charrettes et chevaux s’ajoutent ainsi des vélos, les premières automobiles, des trains et des tramways à vapeur. Sur le verso, les éditeurs placent évidemment les cadres destinés à la correspondance et à l’adresse postale, mais aussi fréquemment une notice géographique et historique sur la commune concernée. 

Ces notices, dont l’intérêt ne le cède en rien à celui des photographies malgré leur caractère succinct, fournissent toutes sortes de renseignements. 

Ces cartes permettent aussi de restituer fidèlement les paysages, les monuments et les modes de vie du département au début du XXe siècle. 


         Sur les cartes présentées ici, on retrouve souvent les gares (et leurs locomotives à vapeur), ces lieux d’échanges, de transport d’hommes et de marchandises tant utilisés à l’époque. 

On y voit aussi des tramways et une diligence qui assure la liaison entre Saint-Denis et Carcassonne, rappelant ainsi l’importance des routes empruntées à pied ou à cheval. 

Un tramway à vapeur parcourait ainsi la ligne Fanjeaux-Saint-Denis jusqu’en 1932. 

Il fallait alors entre 1 h 30 et 2 h, selon l’état des voies, pour aller de Bram à Saint-Denis ! Trois allers-retours étaient effectués chaque jour avant la Première Guerre mondiale.

Pour en savoir plus :


-    Bouiller (Sandrine), Un siècle en images. Le Sud-Ouest vu par Labouche Frères (Toulouse, Privat, 2018, 287 p.)
-    Moreau (Marthe), L’Aude en cartes postales. Villes et villages au début du XXe siècle (Montpellier, Les Presses du Languedoc, 2001-2004, 2 vol. 667 p.)