Archives départementales, Patrimoine

Petites histoires d'archives #7_Gamelin

AD Aude N°55

Découvrez l'histoire du nouveau recueil d'ostéologie et de myologie de Jacques Gamelin, ouvrage rare et original conçu... par un artiste !

Cette chronique vous est présentée dans la rubrique des petites histoires des archives

 

 

Publié le

À l’occasion de l’exposition qui lui fut consacrée par le Musée des Beaux-arts de Carcassonne, d’octobre 2017 à juin 2018, le public audois a eu l’occasion de découvrir ou redécouvrir ce précieux ouvrage du XVIIIe siècle. Pour cette circonstance, les Archives départementales de l’Aude avaient donc prêté l’exemplaire en leur possession (N° 55). Ce recueil, en deux grands volumes reliés cuir, vient de la bibliothèque de l’architecte et érudit carcassonnais Léon Nelli, acquise par le département de l’Aude en 1933, et qui compte de nombreux ouvrages et brochures sur la médecine.
Dans l’atelier qu’il ouvre à Toulouse, Jacques Gamelin se consacre pendant deux ans à ce traité d’ostéologie et de myologie qu’il souhaite destiné aux « anatomistes et dessinateurs », et dont il dessine l’ensemble des planches à partir de sujets entiers et de dissections qu’il réalise lui-même.

 

Pour l’accompagner dans cette entreprise, il s’entoure des graveurs Jacques Lavallée et François Martin. À la manière des plus grands peintres, tels que Michel-Ange, Léonard de Vinci ou Rembrandt, Gamelin a déployé toute son imagination dans cet ambitieux projet, afin de rendre compte par ses gravures de l’architecture complexe du squelette humain, du jeu de ses articulations et du volume de ses masses musculaires. Éditées en 1779, à 2000 exemplaires, par les presses de l’imprimeur toulousain Jacques Desclassan, les deux parties du recueil sont dédiées à son bienfaiteur, le baron de Puymaurin, qui lui permit autrefois d’accéder à l’Académie Royale de peinture de Toulouse et de parfaire son apprentissage à Paris et à Rome.

Un premier volume consacré à l'ostéologie

Le premier volume consacré à l’ostéologie, publié avec simple permission royale, se compose de 67 planches gravées au burin et toutes présentées de la manière suivante : une planche énumérant les os en français et en latin, une planche représentant les dessins au trait fin des os décrits, et enfin une troisième planche qui reprend les mêmes os mais reproduits à l’eau-forte, faisant la part belle aux oppositions entre le noir et le blanc.

Pour compléter ce traité d’anatomie et lui donner toute son originalité, Gamelin a ajouté des vignettes à l’eau-forte, représentant des tableaux historiques, des scènes de genre et de conflits, dans lesquels la Mort est omniprésente et les squelettes animés. Spécialiste des peintures de batailles, il en a inséré quelques-unes dans le recueil, telle que celle présente en page de titre et intitulée

Le triomphe de la mort. C’est d’ailleurs à cause du réalisme et de la noirceur que dégagent ces scènes que les œuvres de Jacques Gamelin ont souvent été apparentées à celles du grand peintre espagnol Goya, et notamment à sa fameuse série de gravures intitulée « Les Caprices ».

Un second volume sur la myologie

Le second volume, qui porte quant à lui sur la myologie, est imprimé cette fois avec Approbation et Privilège du Roi et composé de 55 planches gravées « à la manière du crayon ». Des écorchés y sont donc présentés dans différentes postures, accompagnés également de compositions artistiques à l’eau-forte puis de textes explicatifs sur la discipline étudiée. Dans la lignée de la première partie du recueil, Jacques Gamelin y utilise les contrastes et les effets de lumière, mais cette fois pour mettre en évidence tous les reliefs musculaires, en partant de la superficie vers la profondeur, autrement dit de ce que nos yeux voient d’abord et de ce que nous donne progressivement à découvrir la dissection. 
Si la mort, la maladie et la guerre sont évoquées à plusieurs reprises dans le recueil à travers des compositions artistiques, Gamelin nous distrait des planches d’anatomie en y insérant aussi des compositions religieuses. L’artiste a d’ailleurs introduit sa série d’écorchés par une gravure placée en frontispice, représentant le martyre de saint Barthélemy qui, d’après la tradition latine, aurait été écorché vif.
Malgré la beauté de l’œuvre, vendue pour la somme de 60 livres, le succès ne fut pas au rendez-vous. Les attentes des scientifiques concernant l’étude des os et des muscles ne furent vraisemblablement pas comblées. Quant au peintre, il engloutit sa modeste fortune dans cette aventure financière. Toutefois, il est bien difficile encore aujourd’hui pour le lecteur d’être insensible à la qualité de ces gravures ; au souci du détail, à la lumière et à la force qui se dégagent des corps représentés. Connu par une quinzaine d’exemplaires seulement dans les collections françaises, l’ouvrage de Gamelin demeure donc parfaitement représentatif des beautés bibliographiques du Siècle des Lumières.

Pour en savoir plus :

Azibert (Charles), Jacques Gamelin, 1738-1803 : son œuvre anatomique. Carcassonne, Roudière, 1947, 82 p. (D° 457)
Gamelin, peintre de batailles (1738-1803) : [exposition] Musée des Beaux-arts de Carcassonne, du 13 juin au 14 septembre 2003, Carcassonne, Musée des Beaux-arts, 2003, 94 p. (C° 897).