Archives départementales

Dans la bib' à Léon # 18 - Antoine Metgé, avocat, maire, penseur… à contre-courant

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« A contre-courant », thème de la programmation culturelle des Archives départementales de cette année fut prétexte à une nouvelle recherche dans la bibliothèque protéiforme de Léon. Naviguer « à contre-courant » dans cette collection donne le tournis, tant les directions qu’elle emprunte sont nombreuses, variées, étonnantes. J’ai jeté mon dévolu sur ces Lettres à une dame sur la grammaire française pensant aller à contre-courant... du contre-courant voulu par la programmation. Mais derrière ces Lettres... publiés en 1836 qui paraît condescendant aujourd’hui, se cache une sorte de manifeste pour l’émancipation de la femme. Il fut écrit par Antoine Metgé il y a près de 200 ans.

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Une vie engagée semée d'embûches

La vie d’Antoine Metgé (1795-1871), né d’un père soldat dans les armées de la Révolution, aura suivi des chemins tortueux qui, malgré ses nombreux obstacles ne parviendront pas à l’éloigner de son engagement saint-simonien ni à le détourner de son obstination à vouloir réformer le monde depuis son berceau familial de Castelnaudary.

Licencié en sciences et en droit, l’engagement révolutionnaire de son père pèse sur la carrière d’Antoine Metgé : Saint-Cyr lui ferme ses portes. Plus tard, ses propres convictions l’excluent de l’Université de Toulouse car sa pratique de la religion catholique était pour le moins « déficitaire ». En effet, Antoine Metgé épouse très tôt et avec ferveur la doctrine élaborée par le Comte de Saint-Simon : « élever » la classe la plus pauvre par l’éducation, rechercher l’intérêt collectif, combattre l’oisiveté par l’abolition des privilèges sont les étendards qu’il brandira toute sa vie.

Ses prises de position se traduisent par différentes adhésions et implications dans la vie publique. En 1823, membre de la Société de morale Chrétienne réunissant catholiques et protestants, il agit pour l’amélioration des conditions d’incarcération, l’arrêt de la traite des noirs et l’apport d’aide aux réfugiés. De 1837 à 1843, élu maire de Peyrens, il œuvre pour le bien de sa commune et de ses habitants. 
L’enseignement est un autre des leviers qu’il lui tient à cœur d’activer, mais ses opinions et le fait que la doctrine saint-simonienne soit placée par certains au rang de religion l’éloignent des établissements qu’il convoite ou réduisent à néant ses projets d’ouverture d’école. « Le parti clérical » lui barre la route à de multiples reprises… Emile de Girardin s’en fait même l’écho dans un article paru dans La Presse, le 14 août 1851.

Une triple mission : vulgariser, instruire, éduquer

Néanmoins, il peut déployer ses idées dans la presse locale, notamment dans L’abeille (qu’il fonde en 1842), dans le Courrier de l’Aude, La Mosaïque du Midi ou encore l’Écho de l’Aude ainsi que dans la publication d’ouvrages. L’imprimeur-libraire chaurien Groc, désigné par la Préfecture pour imprimer les feuilles d’annonces et faits divers, est aussi l’imprimeur attitré des ouvrages saint-simoniens et édite ses écrits. Les sujets traités par Antoine Metgé sont aussi multiples qu’un projet de colonie de l’Aude en Algérie (qui retient l’attention d’un autre audois célèbre, le général Ferdinand Auguste Lapasset), un mémoire sur les enfants trouvés, un recueil de poésie ou encore un précis de grammaire à destination des dames... Fidèle à l’idéal de Saint-Simon, son cheval de bataille était très certainement l’éducation et l’instruction des « communautés » les plus fragiles, au rang desquelles il cite en premier lieu, les femmes. Antoine Metgé, dénonce la condition de la femme soumise à l’homme : 

« Le sort de la femme diffère peu de celui de l’esclave ; l’homme exerce sur elle une suprématie tyranque ; c’est une créature destinée seulement à la satisfaction de ses besoins physiques et dont il peut, à son gré, briser la frêle existence. »

 

La grammaire : une arme contre l’asservissement de la femme

Pour favoriser l’émancipation de la femme, Antoine Metgé choisit... la grammaire ! Quelle drôle d’idée ! Pas tant que ça si l’on considère une tendance qui a pris corps au XVIIIe siècle. En effet, jusqu’à cette période, il était entendu que la grosse faiblesse de la femme résidait dans sa piètre connaissance de la grammaire et de l’orthographe… signe de sa faiblesse d’esprit et de son infériorité. Ce à quoi certains commencèrent alors à répondre : si la femme recevait une éducation, elle pourrait rivaliser avec l’homme. Ainsi, au Siècle des Lumières, des hommes se proposent alors d’offrir aux femmes les ressources nécessaires pour apprendre et maîtriser la grammaire. Anaïs Michel, doctorante, s’interroge : "Pourquoi vulgariser spécifiquement pour les dames ? Celles-ci ne lisent pas le latin qui n’est enseigné qu’aux garçons. Savoir le latin est un signe d’érudition, « capacité » qui n’est absolument pas demandée (recommandée!) aux femmes. La vulgarisation serait donc envisagée de manière ludique car les femmes ne seraient pas aptes à étudier." Un postulat que la professeure Nadia Minerva résumait ainsi : "Dans la plupart des cas, par « grammaire des dames » on désigne des manuels élémentaires, qui exigent des temps réduits d’apprentissage, des capa­cités cognitives médiocres, une application modeste."
Anaïs Michel ajoute enfin que "La question est surtout de savoir ce qui doit être enseigné aux femmes, afin que le rapport de pouvoir entre les sexes n’en soit pas ébranlé."

Antoine Metgé, féministe utopique

Antoine Metgé lui, même s’il choisit le style épistolaire pour dispenser son enseignement de la grammaire « parce que ce mode plus léger, plus fleuri se prête mieux à la nature de leurs sentiments » semble ne pas tomber dans le paradoxe du contrôle de la femme par le contrôle de son instruction. L’introduction de ses Lettres à une dame sur la grammaire française clame sa foi en la réforme possible de la société et en l’élévation de la femme à la place qui selon lui, lui revient.

« Travaillons donc sans relâche à l’émancipation, morale et intellectuelle des femmes. Au lieu de les comprimer, de les froisser par des actes de violence, nous devons les élever en dignité, si nous voulons qu’elles nous secondent dans l’œuvre de régénération sociale ».

Bibliographie

Sur Antoine Metgé

  • Antoine Metgé (1795-1871) : l'itinéraire d'un saint-simonien de Castelnaudary / Paul Tirand. - S. l. : chez l'auteur (Carcassonne : impr. Gabelle), 2013. - 143 p [Cote :D°4964 ]
  • Les hommes de l'Aude / Auguste Fourès. -1 vol. (P. 46-277) ; 22 cm. [Cote : D°1284 ]
  • Les Audois / Association des amis des Archives de l'Aude, 1990. -347 p. ; 25 cm. [Cote : D°2056]

Ecrit par Antoine Metgé

  • Lettres à une dame sur la grammaire française. 2 volumes. Castelnaudary, L. Groc. In-8°. 1836-1837

    1ère livraison. XIII-141 p. 1836. [Cote : N° 396/1]
    2ème livraison. p. 301-490. 1837.[Cote : N° 396/2]

  • Mémoire sur l'alphabet, présenté au Congrès méridional de 1835. [Signé : A. Metgé.]. -In-8° , 24 p. [Cote : N°1520/10]
  • Église de Castelnaudary ; Enseignement populaire / [signé : A. Metgé]. - impr. de L. Groc : Castelnaudary, 1832. [En ligne], disponible sur Rosalis, la bibliothèque numérique patrimoniale de Toulouse et de ses partenaires 
  • Colonie de l'Aude dans l'Afrique française, par M. Metgé,... Villefranche : impr. de J. Delmas, 1856. - In-8° , 18 p. [En ligne], disponible sur Gallica.
  • A mes Concitoyens. (Signé : A. Metge.).- Castelnaudary : L. Groc, (1833). - In-8° , 7 p. [En ligne], disponible sur Gallica.