Dans la Bib' à Léon #9 Le jardin d'amour ou le romantisme pragmatique

La cour d'amour : Azalaïs de Burlatz cueille les fleurs du Gay-Sçavoir.
La cour d'amour : Azalaïs de Burlatz cueille les fleurs du Gay-Sçavoir. Gravure d'après un dessin de Paul Sibra. 22 cm x 30 cm. s.d. [déb. XXe s.] © AD11_2 Fi 2875

"Aimons toujours ! Aimons encore !", l’injonction de Victor Hugo devient la bannière des prochaines Nuits de la lecture. Voilà, une nouvelle occasion d’explorer la bibliothèque de Léon Nelli... et d’y dénicher une curiosité amoureuse : Le Jardin d'amour où est enseignée la méthode et adresse pour bien entretenir une maîtresse. Ensemble les lettres et réponses de l'un et l'autre sexe. Toulouse, A. Hénault. In-18°, 36 p. (rel.). Ex-libris de C. Charbonnier.

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Le secrétaire en son jardin

Si le titre de ce petit ouvrage fait référence à l’amour courtois, au jardin clos du Moyen-Age, à l’Eden où l’âme s’épanouit, le Jardin d’amour, dont il est question ici, se pose plus prosaïquement en mode d’emploi ! Véritable manuel du savoir-vivre, il dispense des conseils aussi bien que des avertissements aux hommes désirant trouver l’âme sœur.
En effet, dès le 16e siècle, un genre d’ouvrage nouveau arrive d’Italie : le recueil de lettres, point de départ de la diffusion sur le territoire des futurs manuels de correspondance. Ces "secrétaires" ont pour objet de donner des instructions, qui à défaut d’écrire de belles lettres, permettent d’écrire… ce qu’il convient d’écrire selon différentes situations ! Il en existe pour tous les événements de la vie quotidienne, le domaine amoureux étant très largement représenté. Ainsi, en plus des lettres, l’épistolier débutant ou en manque d’inspiration trouvera dans ces "secrétaires des amants", des "devis" c’est-à-dire des exemples de propos à tenir lorsqu’il passera de l’écrit à la rencontre ou encore des indications sur comme l’amant se doit tenir et comporter en ses habits et gestes.
 

La parole aux femmes... ou presque

Avant la rencontre, il y a l’échange de correspondances qui formalise une sorte de pacte : à la missive adressée, une réponse doit être apportée ! Pour Maurice Daumas, cela rend la lettre amoureuse atypique car "on y donne la parole aux femmes même si l’on n’attend d’elle que des réponses à des offres de service ou à des plaintes."
Cette facette féministe de la correspondance amoureuse à la fin du 18e siècle cache cependant des considérations beaucoup plus terre à terre : 

  • Proposer un éventail de réponses possibles (refus, encouragement, acceptation). 
  • Faire référence aux parents (un moyen pas si détourné que ça de jauger de la moralité et des intentions des correspondants… et d’évaluer les moyens financiers des parties !)
  • Ménager l'honneur du destinataire. 
  • S’identifier à une norme sociale.
     

Dans les secrétaires, les lettres amoureuses sont toujours ordonnées selon une temporalité propre à l’histoire amoureuse : des premiers émois de la rencontre aux ressentiments ultimes de la rupture.

Même si les amoureux transis niaient se servir de ces manuels, qui se sont pourtant énormément vendus entre le 17e et le 19e siècles (!), ils permettent aujourd’hui d’avoir une idée précise des mœurs et des relations sociales à ces différentes époques.  
 

Un autre secrétaire dans la bibliothèque des Archives Départementales

Desormes, Louis. Le Style épistolaire enseigné par la pratique, recueil d’écritures variées et graduées offert à la jeunesse par Louis Desormes. Paris : V. Sarlit., [s.d].

(Cote D°4978)