Archives départementales, Patrimoine

Célébrations du 1er mai dans l’Aude : Les exemples de Coursan et d’Espéraza dans l’Entre-Deux-Guerres

Affiche 1er mai
AD 11 1 M 510/20 - Chômez tous le 1er mai. Affiche de 1935. © Archives départementales de l'Aude

Grâce au riche fonds d’affiches numérisées faisant partie de la série M (administration générale et économie), portons notre regard sur l’un des jours fériés les plus importants pour l’histoire sociale de notre département.

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Aux origines du 1er mai

C’est lors d’un congrès de la Deuxième Internationale réuni à Paris en 1889 que le 1er mai devient une journée de manifestations, date fixée en souvenir des événements de Chicago des 1er-3 mai 1886 (violentes grèves impliquant plusieurs décès). La principale revendication des ouvriers est alors la journée de huit heures, ce qu’ils obtiendront en 1919. Cependant, plusieurs propositions de loi visant à faire du 1er mai un jour férié furent rejetées (en 1894, 1919 et 1920). Cela n’empêcha pas les syndicats d’appeler chaque année les travailleurs à chômer cette journée afin d’assister aux meetings et festivités organisés dans plusieurs communes audoises.

Coursan 


Dans cette commune située au Nord de Narbonne, ouvriers et cultivateurs se retrouvent pour fêter le 1er mai. Les affiches (1929-1935) conservées dans la sous-série 1 M rappellent la diversité des activités proposées ces jours-là : manifestations et meetings, mais aussi chants, concerts, pièces de théâtre, projections de film, bals. S’ajoutent également dans les années 30 la crainte de voir resurgir la guerre en Europe, et, dès 1932, des protestations contre un éventuel conflit armé sont organisées.
 

Sont attendus dans les meetings, Elie Sermet et (André ?) Parsal. Sermet, né à Espéraza en 1900 et mort en déportation en 1944, fut ouvrier chapelier et militant syndical. La crise amplifiant le chômage dans les industries chapelières, il dut aller travailler dans l’agriculture. Il prit part à l’animation des grèves qu’avaient entreprises en septembre 1935 les ouvriers agricoles et les vendangeurs de Narbonne et de ses environs, en particulier de Bize-Minervois, Coursan et Fabrezan. Résistant dès 1940, il distribuait tracts et journaux et organisait des réunions clandestines.

Espéraza 


Dans cette commune située entre Limoux et Quillan, de nombreux ouvriers et ouvrières chapeliers se retrouvent pour manifester les 1er mai. Ils revendiquent pour tous les chapeliers de la Haute-Vallée de l’Aude des conditions de travail et de vie meilleures et la création d’une caisse communale pour soutenir les chômeurs. Ces affiches de 1936-1938 entendent également relancer le soutien aux Républicains espagnols et lutter contre le réarmement de la France, symbole de la guerre qui devient inévitable.
 

On retrouve aux meetings d’Espéraza un camarade d’Elie Sermet : Fernand Merlane. Né à Narbonne en 1900, il décède lui aussi en déportation en 1944. Secrétaire à la Bourse du Travail de Carcassonne, il fut l’un des premiers résistants et membre de l’Action ouvrière.  

La tentative de récupération du Régime de Vichy


C’est l’Etat français qui légalisa les célébrations du 1er mai par la loi du 12 avril 1941, « instituant le 1er mai comme jour férié, fête du Travail et de la Concorde Sociale ». Dès lors, le 1er mai devient une journée chômée sans diminution de salaire. Cependant, le titre donné à cette fête rend compte de fondements idéologiques contraires à ceux des premières manifestations de la fin du XIXe siècle.
Enfin, à cette époque, la Saint-Philippe se célébrait le 1er mai, ce qui contribua fortement à développer la propagande autour du Maréchal Philippe Pétain. Cette journée était organisée autour d’une allocution radiodiffusée du Maréchal, de pensées envers les ouvriers prisonniers en Allemagne et de discours de patrons responsables « de la dignité, du bien-être, de la santé et du moral » de leurs employés.
L’Eglise s’associa à cette fête afin de rappeler la conception chrétienne du travail. Les cérémonies du 1er mai étaient alors accompagnées d’offices religieux.

Le devenir du 1er mai après la Seconde Guerre mondiale


Afin de tourner la page du régime de Vichy, le Gouvernement rend le 1er mai aux travailleurs et en 1948, il redevient férié et chômé. Désormais, le déroulement de cette journée est marqué par des actions festives, des manifestations, des prises de position politiques, rappelant ainsi les éléments présents sur les affiches de Coursan et d’Espéraza pendant l’Entre-Deux-Guerres.

Bibliographie


Dommanget M., Histoire du Premier mai, Marseille, 2006.
Lalouette J., Jours de fête. Fêtes légales et jours fériés dans la France contemporaine, Paris, 2010. (disponible sous la cote D°4399)