Archives départementales, Patrimoine

Dans la Bib' à Léon #4 Jean-Joseph Cassanea de Mondonville

Portrait © AD11_2FI02736_001

Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville violoniste, compositeur de pièces puis d’opéras est né à Narbonne en 1711. Les origines de sa particule restent floues mais plutôt que « de Mondonville », Roberte Machard dans la thèse qu’elle lui consacre, évoque « dit Mondonville » qui aurait permis de distinguer un ancêtre du compositeur d’un homonyme...

 

En revanche, on sait avec certitude que Jean-Joseph doit sa carrière musicale à son père qui n’a pas cherché à contrarier sa vocation... Il faut dire que ce dernier était maître de musique des enfants de chœur de Saint-Just…

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De la Cathédrale Saint Just à la Chapelle du Roi

Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville étudie la musique à la maîtrise de la Cathédrale Saint-Just de Narbonne puis se met à voyager, faisant entendre son talent de violoniste et de compositeur avant de s’installer à Paris. « Grand maître du motet » selon Marcel Carrières qui dans son ouvrage, La musique occitane de 1550 à 1880, met également en exergue la qualité de ses oratorios. Jean-Joseph compose en plus de la musique liturgique, ou d’inspiration religieuse, des symphonies, des trios de violons, des sonates pour orgue et clavecin. Est-ce par ce biais qu’il rencontra sa femme Anne-Jeanne Boucon, claveciniste talentueuse, dédicataire à plusieurs reprises des compositeurs de son temps, parmi lesquels Rameau ? Pas de réponse sûre, mais une date de mariage : Jean-Joseph presque 36 ans et Anne-Jeanne Boucon presque 39 se marient en août 1747.

Le succès remporté par ses œuvres, dans lesquelles Jean-Joseph innove (il emploie par exemple des sons harmoniques peu usités pour le violon) le fait admettre aux Concerts Spirituels des Tuileries. Le prêtre Noël-Antoine Pluche, auteur du Spectacle de la nature dit de lui : « Plus fécond que Baptiste, aussi vif que Guignon, harmoniste comme Rameau, mélodiste comme Mouret, tendre comme Lully ; il se tourne comme il veut et comme on veut. Le chant, les accords, les sons majestueux, les aires passionnés, la rapidité, l’emportement même, tout lui est égal ; il excelle dans tous les genres. Voyez comme la foule accourt aux Tuileries lorsque l’on annonce le Venite exultemus de Mondonville ou son In exitu Israël. »

Cette réputation lui vaut la charge de maître de musique de la chapelle du roi à Versailles. Il obtient également la protection de Madame de Pompadour, qui lui confiera ses concerts au théâtre des Petits Cabinets à Versailles, et semble être alors le musicien préféré des salons…

Camps des italiens, camps des français : Jean-Joseph dans la querelle des bouffons

En 1752, la querelle des bouffons éclate. Elle oppose les partisans de l’opéra français, illustré par Jean-Philippe Rameau et inspiré par les canons de la tragédie lyrique, aux fervents de la musique italienne dont les opera seria étaient ponctuées pendant les entractes d’œuvres légères, opera buffa, .
Les Encyclopédistes faisaient partie de la 2ème catégorie, réclamant une musique plus proche du langage parlé, à l’image de La serva padrona de Pergolèse présentée par les bouffons italiens à l’Opéra de Paris en 1752, année de la création du Devin du village de Jean-Jacques Rousseau. 
Cette œuvre a rencontré un certain succès public mais a été sévèrement critiquée par Rameau. « Le français n’était pas une langue faite pour le chant, au contraire de l’italien naturellement fait pour la mélodie. » lui répond Rousseau…
Cette querelle devient une guerre de pamphlets et s’étend à toute une partie de la société, jusqu’aux sommets de la Cour : la Reine soutenant les Bouffons, le roi défendant la musique française. Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville prend la tête du camp français et triomphe en 1753 avec Thiton et l’Aurore, sa pastorale héroïque… en français.
 

Daphnis et Alcimadure, pastorale languedocienne

Fait rare pour l’époque, Mondonville est à la fois le librettiste et le compositeur de cette autre pastorale ; et fait encore plus rare, il écrit directement la pièce en langue d’oc (dialecte toulousain) créant ainsi un genre : l’oratoire en langue « vulgaire ».

Cette pastorale possède toutefois un prologue en français, de Claude-Henri Fusée Voisenon, dédié à la Dauphine Marie Josèphe de Saxe. Cette idylle, imaginée dans une langue facile d’accès, toujours parlée par de nombreux parisiens originaires du Languedoc, fut semble-t-il composée pour sortir Louis XV de l’ennui. Elle comprend trois actes faits de dialogues en alexandrins et de morceaux chantés en vers. 

 

L’argument met en scène Daphnis amoureux éconduit d’Alcimadure :

lou plazé de la bido, Aco la gayétat, E quand on se marido, on perd la libertat.

(le plaisir de la vie, c’est la gaieté. Et quand on se marie, on perd la liberté)

Après avoir mis à l’épreuve la bonne foi de Daphnis, Jeanet le frère d’Alcimadure tentera de faire fléchir sa sœur. Cela ne sera pas si simple…

La pièce est créée le 29 octobre 1754 devant la Cour, puis fut tournée en France où elle remporta un vif succès comme en témoigne cette critique élogieuse du Mercure de France de décembre 1754 :

Alcimadure et Daphnis ont été rendus par Melle Fel e Monsieur Jeliote. Ils sont si supérieurs l’un et l’autre qu’il est aisé de juger du charme de leur voix, de la finesse de leur expression, de la perfection de leurs traits, en rendant le langage du pays riant auquel nous devons leur naissance.

 

Elle suscite également des réactions plus agressives notamment de la part de Friedrich Melchior, baron Von Grimm, critique littéraire et musical de l’époque, partisan de la musique italienne, accusant Jean-Joseph d’avoir arrangé l’Opéra de Frontignan dont le livret aurait été écrit par Nicolas Fizes (1648-1718) :

Le poème gascon dont les paroles et la musique sont de Monsieur de Mondonville… est une pastorale composée des débris de quelques chansons du pays de l’auteur et de quelques petits airs de l’ancienne musique italienne, relevés d’accompagnements et symphonies dans le goût moderne. C’est à quoi se réduit le mérite de cet opéra qu’on a pompeusement annoncé dans des mercures du mois de décembre pour être d’un genre tout à fait nouveau.

Avec Daphnis et Alcimadure, Mondonville apporte une réponse mesurée à la querelle de Bouffons. Car, si sa musique reste « française », elle comporte des caractéristiques que Mondonville a puisé dans sa région d’origine, se rapprochant de la musique italienne.

 

En 1768, les acteurs de la création ne faisaient pas partie de l’Académie royale de musique, mais la « pièce gasconne » était toujours demandée par le Tout-Paris. Mondonville, pour résoudre d’éventuels problèmes de prononciation, a donc traduit ses vers languedociens en français.

 

Daphnis et Alcimadure a rencontré le succès durant vingt ans, donné lieu à 600 représentations, suscité des parodies (Jérôme et Fanchonnette à l’Opéra Comique, Alcimatendre, Les bergers de qualité et L’heureuse feinte…) et connu neuf éditions consécutives du poème.

Après Daphnis et Alcimadure, Jean-Joseph de Mondonville poursuit sa carrière de compositeur ajoutant à son répertoire des ballets, des opéras, des oratorios… Il prend « sa retraite » en 1762 et se retire à Belleville où il meurt 10 ans plus tard.

 

Les éditions de Léon

La bibliothèque de Léon Nelli compte trois éditions de la pièce de Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville :

  • Daphnis et Alcimadure, pastorale languedocienne, représentée devant le roi à Fontainebleau, le 20 octobre 1754. Paris, Ballard. In-12°, 35 p. (Cote N° 758/2)
  • Daphnis et Alcimadure, pastorale languedocienne dédiée à Madame la Dauphine, représentée à Fontainebleau, devant leurs majestés. Paris, chez l'auteur, Bayard, Vernadé. In-f°, 197 p. (relié cuir avec 2 notes manuscrites). (Cote N°54)
  • Daphnis et Alcimadure, pastorale languedocienne, représentée devant le roi à Fontenaibleau, le 20 octobre 1754. Réimpression de l'édition de 1754. Narbonne, A. Brieu. In-8°, 25 p. 1926. Exemplaire numéroté n° 8. (Cote : N° 1520/19)

Et, comme à son habitude, Léon avait conservé dans ses documents des articles de presse, des extraits d’ouvrage et le texte de l’éloge funèbre écrit à la mémoire de Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville.
(Cotes : 758/1, N° 1558/111-113)

La bibliothèque des archives possède, elle-aussi, une édition de Daphnis et Alcimadure :

  • Daphnis et Alcimadure : pastorale languedocienne (1754) / Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville. Ex. n°186. - Béziers : Société de musicologie de Languedoc : Centre international de Documentation Occitane, 1981. - 196 p. Reprint. (Cote C°1391)

Ainsi que de nombreux articles de presse et ouvrages sur Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville ou sur son œuvre, parmi ceux-ci :

  • Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville : virtuose, compositeur et chef d'orchestre / Roberte Machard... ; [publié par le] Centre international de documentation occitane [et la] Société de musicologie du Languedoc. - Béziers (B.P. 4202, 34325, cedex) : CIDO ; Béziers : S.M.L., 1980. (Cote D°1612)
  • La musique occitane de 1550 à 1800 / Marcel Carrières ; présent. Roger Calmel Villefranche-de-Rouergue : Salingardes, 1972. (Cote E° 1566)