Archives départementales

Petites histoires d'archives #11 La vendeuse de glace malhonnête

AD11 C 1326

Un extrait des registres du bureau de police de la maison consulaire de Narbonne, du 1er septembre 1696, nous apprend qu’il existe à Narbonne, une vendeuse de glace malhonnête !

 

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« le s(ieu)r Pierre Maurin m(aîtr)e orphèvre juré de Narbonne requis, la main levée a juré et dit que le jour d’hier, une heure après-midi, aiant envoyé quérir pour un malade de glace chez la Fabrègues qui en fait la débite au bureau de Cité et lui aiant payé une livre de glace, il s’est trouvé qu’il n’i en  avoit que demi-livre, laquelle Fabrègues est coutumière à faire faux poids. » Pierre Maurin ajoute que lorsque l’on va acheter une demi-livre de glace chez elle, elle fait payer 4 deniers.

La glace provenait de glacières situées dans les villages d’altitude. Les premiers documents mentionnant la commercialisation de la glace datent de 1659. Ce commerce, monopole royal, passe pour la première fois en Languedoc aux fermiers-généraux en octobre 1659. Par lettres patentes données le 31 octobre 1659 à Toulouse, le roi autorise la construction de glacières dans la province et la vente de la glace. Le commerce de la glace  renaît autour de 1850 sous la forme d'entreprises indépendantes, et ce jusqu'en 1920, date de l'apparition de la glace artificielle. C'est à partir de cette époque que les glacières cessent définitivement de fonctionner. (Base Mérimée). La glace semble avoir été très utilisée pour les malades.

Autre témoignage ensuite, celui de Pierre Condomines, maître rôtisseur de Narbonne qui « a juré et dit qu’il a esté plusieurs fois achepter de glace ches lad(ite) Fabrègues pour un de ses amis malades et, lorsqu’il a prix une demi livre de glace, la dite Fabrègues lui a exigé quatre deniers pour la demi-livre ».

Dernier témoignage, celui de Catherine Guillemone demeurant au service du sieur Guiraud, maître apothicaire, qui dit que « lorsqu’elle va achepter de glace pour son maistre, lad(ite) Fabrègues lui exige quatre deniers pour la demi-livre et qu’elle fait ordinairemant faux poids et, quand elle qui dépose achepte une livre de glace, il y en manque tousjours presque la moitié et qu’elle a ouy plaindre beaucoup de personnes que lad(ite) Fabrègues fait ordinairemant faux poids. »

L’accusée est alors entendue : « Sur la lecture des plaintes faites au Bureau à l’esgard de la dite Fabrègues pour le faux poids et le surprix qu’elle exige induemant des particuliers qui vont prendre de glace […] a dit que c’est par ces ennemis qu’elle est accuzée du faux poids et qu’il est vray qu’elle prend quatre deniers pour la demi-livre de glace qu’elle baille souvent sans pezer. » 

 

Les consuls sont alors d’avis de la condamner pour une première fois à cinq livres d’amende, même si d’ordinaire les amendes pour faux poids sont de 100 livres. Ce sont donc eux qui exercent la justice consulaire, droit qui découle des chartes négociées au Moyen Âge. Encore florissantes au début du XVIe siècle, les juridictions municipales voient leurs compétences se réduire inexorablement à l’époque moderne. La plupart des consuls ne gardent à la fin du XVIIIe siècle que leurs attributions de police.


On trouve normalement les archives des justices consulaires en série B et dans les fonds d’archives communales. Ici, il ne s’agit que d’un extrait, dans une liasse concernant la santé publique et plus précisément l’hôpital de Narbonne (document coté C1326).

Pour en savoir plus

MICHAUD (Jacques) et CABANIS (André) (dir.), Histoire de Narbonne, Toulouse, Privat, 1981, 330 p. (944.87 MIC).

POUDOU (Jean) : « Les glacières de Pradelles. », Histoire et généalogie en Minervois, n°39, mars, p. 30-32 (179 PER 4).

BLANC (Pascal) : « L'industrie de la glace-neige à Pradelles-Cabardès. », Histoire et généalogie en Minervois, n° 114, 1er trimestre 2019, p. 19-42, n° 115, 2e trimestre 2019, p. 3-14. (179 PER 11)