Patrimoine, Archives départementales

Un nouveau fonds d'archives classé pour l'histoire de la Résistance audoise

189 J 43 - recueillement devant le monument aux morts sur la place de la mairie de Puivert lors de la libération de la commune, août 1944. © AD11

A l’occasion de la date anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale en France, retour sur le classement en 2025 d’un fonds d’archives privées particulièrement remarquable relatif à la Résistance dans l'Aude : le fonds Marcel et André Lajou, qui porte désormais la cote 189 J aux Archives départementales de l’Aude.

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Ce fonds découle d’un don effectué en deux temps, en octobre 2020 et septembre 2021 par Michel Lajou, fils d’André et petit-fils de Marcel Lajou. Une première partie du fonds provient de ces deux acteurs, une autre est constituée de documents de Lucien Maury, chef du Maquis de Picaussel. Une contrainte du travail de classement a donc été de veiller à bien distinguer les trois producteurs.


Ainsi, le sous-fonds Marcel Lajou (189 J 1 à 9) comporte des documents, complétés par des objets et décorations sur sa carrière dans l’Armée de l’Air et son activité de résistant, durant et après le conflit.

Fils de Joseph Lajou et de Louise Delpech, Marcel est né le 25 mai 1902 à Saint-Martin-Lys dans la Haute-vallée de l’Aude. Breveté mécanicien d’aéronautique en 1923, Marcel Lajou devient pilote en 1927. Officier de l’armée de l’air sorti du rang (lieutenant), il effectue des missions en Afrique du Nord. En 1940, après la défaite, il est replié en Afrique du Nord et refuse d'aller bombarder des bases alliés en Méditerranée. Il se met en congé et revient à Quillan l’année suivante.
En disponibilité de l'armée, Marcel Lajou entre dans la Résistance quelque temps après l’arrestation de Raoul de Volontat pour réorganiser le réseau de l’Armée secrète à Quillan. Il prend alors le pseudonyme de "Bayard" (la marque de son stylo). Il participe à la libération de la Haute-vallée de l’Aude, Quillan, Limoux et Carcassonne, l’aérodrome de Lézignan, puis prend un temps le commandement du 3e bataillon du 81e régiment d’infanterie.
Après sa réintégration dans l’armée par le général de Gaulle, il est décoré de la Légion d’honneur et quitte son poste en 1948. Il revient à Quillan où il ouvre un cabinet d’expert en automobiles et prend sa retraite. 

 

 

Le sous-fonds André Lajou (189 J 10 à 14) contient des documents de deux associations d’anciens combattants auxquelles André Lajou a pris part.

André Lajou est né le 24 août 1925 à Quillan. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le jeune homme de dix-neuf ans est chargé d’effectuer des commissions avec sa bicyclette et devient de fait agent de liaison de l’Armée secrète et du maquis de Picaussel.
Après-guerre, André Lajou n’a eu de cesse de s’investir dans la transmission de la mémoire de la Résistance, au sein de l’Union départementale des Combattants volontaires de la Résistance et lors de nombreuses cérémonies du souvenir en Haute-vallée de l’Aude et dans le département. Passeur de mémoire, il l’a été également auprès du public scolaire, comme membre du jury du Concours national de la Résistance et de la Déportation comme témoin privilégié accompagnant les lauréats audois du concours lors de voyages au nom de la mémoire organisés par le Département.
Ingénieur électricien, il a travaillé à la Méridionale, dans l'armée de l'air, à Formica ou encore pour des entreprises en Afrique. 
 


Enfin, le sous-fonds Lucien Maury (189 J 15 à 42) est le plus riche. Il est essentiellement composé de documents produits durant la Seconde Guerre mondiale en lien avec ses activités dans la Résistance, notamment sur le fonctionnement et les actions du maquis de Picaussel dont il a été le chef. On trouve également une documentation postérieure au conflit relative à la mémoire et à l’histoire de ce maquis et plus généralement de la Résistance audoise.

Né à Foix en 1915, Lucien Maury est d'abord instituteur à la rentrée de septembre 1940 à Saint-Louis-de-Parahou, puis en 1942 à Lescale (hameau de Puivert). C’est par l’intermédiaire de Raoul de Volontat, lui-même instituteur à Quillan et chef de l’Armée Secrète pour la Haute-vallée de l’Aude que Maury rejoint le combat contre l’occupant en mars 1943 sous le pseudonyme de « Frank ». Ainsi, il organise une filière de passage clandestin vers l’Espagne pour des aviateurs de la Royal Air Force, des réfractaires du travail obligatoire, ou encore des officiers français et participe à des opérations d’évasion.

C’est près de Puivert, au cœur de la forêt entre le hameau de Lescale au sud du village et la commune de Belvis qu’est créé le maquis de Picaussel. Lucien Maury en devient naturellement le chef, conforté le 6 juin 1944 par Jean Bringer, chef départemental de l'Armée secrète puis des FFI. Picaussel a constitué le maquis le plus important du département de l’Aude, atteignant un effectif de 400 hommes. Les résistants parviennent à déjouer l’assaut allemand sur le maquis les 6 et 7 août 1944 ; opération au cours de laquelle le hameau de Lescale est incendié (après que ses habitants ont été évacués) le 9 août en représailles à cet échec. Les hommes de Picaussel participent ensuite à es opérations de harcèlement des troupes allemandes puis à la libération de Quillan et de Carcassonne. 

 

Ce fonds est d’une grande diversité documentaire : des photographies (sur le maquis de Picaussel), de la correspondance, des articles de presse, des notes manuscrites et quelques objets personnels. Un document s’avère particulièrement précieux : il s ’agit du journal de marche du maquis de Picaussel, rédigé par son chef Lucien Maury en personne, où il est fait état jour après jour des activités et des combats engagés par le plus gros maquis de l’Aude.
 

En somme, ce fonds à l’importance matérielle relative (49 cotes) est particulièrement riche pour son apport sur la Résistance audoise, principalement dans la Haute-vallée de l’Aude compte tenu du rôle joué par Marcel Lajou et Lucien Maury durant cette période, mais également sur la participation active de ces acteurs dans l’élaboration de l’Histoire et de la transmission mémorielle sur la Résistance audoise. Ainsi, l’ouvrage de Lucien Maury sur la Résistance audoise est une référence, recueillant sur deux tomes un certain nombre de témoignages ; de son côté, André Lajou a notamment longtemps témoigné auprès des scolaires. 

L'inventaire de ce fonds est à retrouver sur notre site, rubrique "inventaires et guides"