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Crimes, brigands et mystères audois #1 Pierre Sourgnes, dit l'Antougnou (partie 3)

AD 11 2U21

Pour cette première histoire criminelle qui va rythmer le mois d'août, nous vous proposons de découvrir petit à petit chaque semaine l'histoire de ce brigand qui effraya les villageois de Cavanac. Cette histoire est extraite du journal hebdomadaire Le Moniteur de l'Aude. 

 

Cette chronique vous est présentée dans la rubrique Crimes, brigands et mystères audois, retrouvez la également en Audio

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" Il y a quelques jours encore, les environs de Carcassonne, et en particulier le petit village de Cavanac, tremblaient au nom d’un seul homme, comme on tremble quand on est exposé à devenir la victime d’un fléau dévastateur. On ne demandait qu’avec crainte des nouvelles de l’homme de Cavanac, et, dans ce village surtout, on ne s’entretenait qu’à voix basse, dans le secret des familles, de Pierre Sourgnes, l’effroi du pays. Une mort violente et digne d’une bête féroce vient de mettre fin aux jours de ce malheureux, plus redoutable encore qu’une bête féroce ; car frappé de onze condamnations, et mis hors de la société, au désir de vengeance et au désespoir qui lui dictaient ses crimes, il joignait l’intelligence qui lui aidait à les exécuter.


Dans la soirée du 24, vers les 3 heures, les Amigues, frères, rencontrèrent non loin de Cavanac, Pierre Sourgnes, armé d’un fusil. Celui-ci s’approcha d’eux hardiment et s’adressant à un de ces messieurs : «Tu peux librement passer ton chemin, lui dit-il, je n’ai rien à démêler avec toi. Quant à toi, dit-il au second, fais ta dernière prière, car je veux te tuer.» Aux terribles pensées qui se pressèrent dans son esprit, celui à qui s’adressaient ces paroles se sentit frissonner et il demanda à Sourgnes ce qu’il voulait de lui. «Je veux te tuer, répliqua-t-il, parce que tu m’as fait une fois condamner à cinq ans de prison, je veux te tuer» ; et ajoutant d’horribles serments à ses menaces, il repousse, d’un coup de crosse de fusil sur la poitrine, le frère qui s’avançait au secours de son frère, et couche en joue le malheureux. Sourgnes avait le doigt sur la détente, mais au moment où le coup allait partir, celui que l’assassin avait repoussé avec la crosse de son fusil, quoique renversé par la violence du coup, réunit toutes ses forces, d’un bond s’élança près de Sourgnes, lui fit lever le fusil au-dessus de la tête de son frère, et en même temps, il engagea une lutte, dans laquelle Sourgnes fut obligé de laisser tomber son arme auprès de lui. Rendu à la vie par son frère, M. Amigues s’en saisit pour le secourir à son tour : il visa Sourgnes, le fusil fit long feu. A la seconde fois seulement, le plomb frappa l’épaule gauche, et la blessure se prolongea jusque vers l’omoplate du côté droit. Alors il s’élança vers son frère pour le soutenir dans le combat affreux qu’il avait engagé. Les deux frères se succédaient dans la lutte. Chacun d’eux armé d’un pistolet voulut en faire usage. L’un manqua ; l’autre, dans son trouble et dans sa précipitation, mit son pistolet au repos au lieu de l’armer, et il le jeta loin de lui pour reprendre son ennemi au corps. L’assassin redoubla de rage et d’efforts lorsqu’il tint entre ses bras l’homme auquel il voulait arracher la vie. La blessure qu’il avait reçue avait augmenté sa fureur sans diminuer sa force extraordinaire, et, dans la lutte terrible qu’il soutint, son antagoniste aurait infailliblement succombé, s’il n’eût reçu promptement les secours de son frère. Celui-ci, prenant le fusil que Sourgnes avait abandonné, lui en asséna sur la tête un coup si violent que la crosse se brisa. Sourgnes luttait encore. Cet homme ne devait cesser d’être à craindre que mort. M. Amigues frappa sur la tête un second coup avec ce qu’il lui restait du fusil ; cette fois, le chien et les ferrures que porte le canon du fusil avaient fendu le crâne, et la cervelle jaillit sanglante sur le sol.


Le cadavre de Sourgnes était effrayant à voir, ses membres étaient dans la même position qu’au moment de sa mort. Une de ses jambes était pliée en deux ; dans l’attitude où il était, il semblait vouloir lutter encore. Son crâne était entr’ouvert, ses lèvres contractées, ses dents serrées, les yeux hors de leurs orbites ; c’était le cadavre d’un monstre, dont le pays est délivré par deux hommes courageux."

Découvrez la fin de l'histoire la semaine prochaine !